Deux policiers des compagnies républicaines de sécurité (CRS) ont été condamnés, lundi 1er juin, à dix-huit et huit mois de prison avec sursis et à cinq et deux ans d’interdiction de travailler dans la police à la suite d’une agression brutale, qui a été filmée, contre un jeune homme en avril à Nice.
Les peines principales pour violences aggravées rejoignent les réquisitions du parquet qui avait cependant demandé une interdiction à vie d’exercer la fonction de policier. La défense a annoncé que Julian, 26 ans, et Adrien, 27 ans, feraient « sûrement » appel de cette peine complémentaire.
Le 18 avril, après une nuit dans le centre de Nice où ils ont consommé de l’alcool, les deux CRS basés dans les Bouches-du-Rhône rentrent, en civil, à leur cantonnement provisoire dans le quartier populaire de L’Ariane. Vers 5 h 20, ils passent devant le fourgon où Sabri, 23 ans, crie au téléphone. Selon le jeune homme, qui avait bu lui aussi, il se disputait avec une jeune fille et n’avait pas vu les deux hommes, qu’il n’a pas identifiés comme étant des policiers.
Mais les deux prévenus assurent avoir entendu des insultes et des menaces : « Sales fachos », « flics de merde », « dégagez de notre quartier », « je vais te planter »… Pendant le gros quart d’heure qui a suivi, les insultes ont volé, mais aussi à plusieurs reprises les coups, chaque fois entrepris par Julian, particulièrement titubant sur les vidéos.
« Honte à l’institution »
Lors de l’audience dans une salle surchauffée du tribunal correctionnel de Nice, les magistrats ont longuement examiné les images des caméras de surveillance et la vidéo d’une partie de l’incident, filmée par un voisin. C’est la diffusion sur les réseaux sociaux de cette dernière, deux jours après les faits, qui a poussé les deux policiers à se présenter aux autorités.
Les images de la vidéosurveillance ne sont pas toujours claires, mais sur un peu plus d’une minute filmée par un voisin, on voit Julian et Sabri se battre au sol, pendant qu’Adrien maintient Sabri au sol et ramasse ce qui tombe de leurs poches. Il assure avoir voulu rendre service à Julian, mais Sabri a perdu 100 euros, retrouvés dans la chambre d’Adrien, et son téléphone portable, porté disparu. Adrien a été condamné pour vol avec violences, mais Julian relaxé de ce chef.
A plusieurs reprises quand Sabri est à terre, il demande aux voisins d’appeler la police. « La police, c’est nous », entend-on l’un des deux CRS répondre.
Devant le tribunal, Sabri, au physique bien moins solide que les deux CRS, conteste les insultes et surtout les menaces. Les deux prévenus maintiennent leur version, tout en reconnaissant qu’ils auraient dû agir autrement. « Je suis rentré dans sa provocation », regrette Julian, qui a asséné à Sabri des coups de pied et des coups de poing et l’a traîné à terre par les cheveux. « J’aurais dû m’interposer », reconnaît Adrien.
« Vous faites honte à l’institution que vous représentez, a affirmé la procureure, Coralie El Bekkai, ancienne commissaire de police. Les prévenus ont brandi la carte de policiers comme un totem d’immunité et le soutien de la hiérarchie m’interroge. » « Ils ont présenté ça comme une bagarre, mais c’était bien une agression », a commenté Sabri à l’issue de l’audience. Les deux hommes ont été condamnés à lui verser plus de 14 000 euros de dommages et intérêts.