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Des détenus du quartier de haute sécurité de la prison de Condé-sur-Sarthe portent plainte pour violences et harcèlement

Des détenus du quartier de haute sécurité de la prison de Condé-sur-Sarthe portent plainte pour violences et harcèlement

« On les entasse, on les piétine, on les violente et on espère qu’ils sortent meilleurs. » La formule de leur avocate résume la plainte déposée jeudi à Alençon par six détenus de Condé-sur-Sarthe (Orne), qui accusent la direction de cette prison ultrasécurisée « d’entretenir un régime de pression psychologique et de domination », a appris, mardi 2 juin, l’Agence France-Presse (AFP) de source proche du dossier.

Le chef d’établissement et ses équipes sont accusés de volontairement « humilier » et « déshumaniser » les personnes incarcérées au quartier de lutte contre la criminalité organisée (QLCO), afin de briser leur résistance, selon des éléments de cette plainte dont l’AFP a eu connaissance.

Une situation « d’une gravité sans nom », a dénoncé leur avocate, Marie Violleau, sollicitée par l’AFP. « Peu importe leur condition de détenus du haut du spectre, l’Etat a l’obligation de les respecter. Les infractions pénales dont ils sont victimes doivent cesser. » Ces nouveaux quartiers de détention ont déjà fait l’objet de nombreux recours administratifs, sans que les demandeurs obtiennent satisfaction, mais il s’agit de « la première plainte pénale, à ma connaissance », a relevé l’avocate. « Le problème est propre à Condé, où la loi pénale est violée, pas seulement les droits fondamentaux et la dignité humaine », affirme Me Violleau.

Sollicitée par l’AFP, l’administration pénitentiaire a assuré que « les agents du QLCO » de Condé-sur-Sarthe avaient des « pratiques et gestes professionnels maîtrisés et appliqués conformément aux procédures en vigueur ». Ces agents, « qui n’interviennent jamais seuls auprès des détenus », sont des « professionnels aguerris spécifiquement formés à la prise en charge de détenus du haut du spectre », a-t-elle insisté. S’agissant de la plainte déposée jeudi, « il revient au procureur » de décider d’une ouverture d’enquête ou d’un classement, a rappelé l’administration. « A ce jour, aucun recours contre le régime des QLCO n’a abouti », a-t-elle relevé.

« Soumis au bon vouloir » des surveillants

Les QLCO, créés après la loi contre le narcotrafic, sont récents en France. Le premier a été instauré en juillet 2025, à Vendin-le-Vieil. Le second, à Condé-sur-Sarthe, en octobre 2025. Un troisième doit ouvrir fin juin à Réau (Seine-et-Marne), selon l’entourage du ministre de la justice, Gérald Darmanin, qui estime à 500, en France, le nombre de détenus présentant un profil les rendant susceptibles d’y être incarcérés. L’objectif est d’isoler des détenus perçus par les autorités comme haut placés dans la criminalité organisée, selon un régime de détention strict inspiré de la lutte antimafia en Italie.

Ces quartiers sont censés les empêcher de communiquer avec l’extérieur, notamment pour continuer à gérer leurs trafics. A la mi-mai, le ministère de la justice, sollicité par l’AFP, s’était félicité de leur « parfaite efficacité ». Il précisait alors qu’« environ un quart des détenus » en QLCO sont condamnés définitivement, « les autres » étant soit des prévenus, soit des condamnés faisant l’objet de mises en examen dans d’autres procédures.

Les six plaignants sont des personnes mises en examen ou condamnées pour trafic de stupéfiants, association de malfaiteurs criminelle ou règlements de comptes, d’après la source proche du dossier. Ils rapportent des fouilles à nu systématisées, un accès à la promenade « soumis au bon vouloir » des surveillants et quasi inexistant pour ce qui est des activités ainsi que des agents constamment cagoulés qui les briment.

Ces pratiques « quotidiennes » visent à les « intimider » eux et leurs proches, accusent-ils. Les prisonniers reprochent notamment aux agents de palper leurs visiteurs, même enfants. Le « droit de visite » devient alors une expérience « dégradante », affirment-ils.

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