Il y a trois mois, la fermeture des quatre unités d’hospitalisation complète d’un des plus grands hôpitaux pédopsychiatriques franciliens, la Fondation Vallée, à Gentilly (Val-de-Marne), provoquait un électrochoc dans la profession. La décision, rare, annoncée en urgence par l’agence régionale de santé (ARS) le 19 février, après des signalements de pratiques d’enfermement des enfants hospitalisés – et une inspection –, n’en finit pas de faire des vagues.
Dans un courrier qui devait être présenté aux instances de gouvernance de l’établissement, mercredi 3 juin, et adressé aux autorités sanitaires le 27 mai, des médecins qui ont exercé à des postes-clés dans ces services ont décidé, pour la première fois, de donner leur version des faits, en répondant, point par point, au rapport de l’ARS diffusé le 6 mai, qui a justifié la procédure de fermeture.
« Imprécisions », « inexactitudes », « extrapolations infondées », « affirmations non étayées »… Dans ce document de 28 pages que Le Monde a pu consulter, les praticiens hospitaliers contestent les principales critiques émises par les inspecteurs.
« Nous n’avons pas eu l’opportunité de nous défendre »
Au cœur des accusations, le recours, décrit comme usuel et banalisé, à des pratiques d’isolement et de contention, censées rester exceptionnelles, encore plus pour les mineurs. L’un des cinq signataires de ce courrier, le docteur Richard Buferne, qui exerce depuis trente-cinq ans à la Fondation Vallée, était chef du pôle pédopsychiatrique au moment de la visite des quatre inspecteurs, les 17 et 18 novembre 2025 (fonction qu’il n’exerce plus depuis décembre). A 64 ans, et à quelques mois de la retraite, il le précise : « Nous avions consigne de ne pas nous exprimer jusqu’à la publication du rapport. Dans cette procédure, nous n’avons pas eu l’opportunité de nous défendre car nous n’avons été entendus qu’au début de l’inspection. »
Une mise en cause a particulièrement choqué le pédopsychiatre, comme ses collègues : celle d’une contention des enfants – le fait d’attacher des jeunes patients. « Les inspecteurs ont trouvé des bracelets, encore sous plastique, au fond d’un placard, mais on ignorait leur existence, soutient-il. Et dans tous les cas, ce type de matériel, sans sangle, ne peut suffire pour réaliser une contention mécanique. » De mémoire de soignant, la contention mécanique sur un enfant n’a été utilisée qu’une fois, en 2011. Quand un jeune est « en crise », le psychiatre concède en revanche qu’une « contention physique », « dans les bras des soignants », peut s’imposer. « Mais cela n’a rien à voir », dit-il.
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