La tomme aux fleurs choisie par Evelyne Noir-Henri s’est coincée dans les spirales métalliques du distributeur automatique. Cette touriste belge a beau secouer la machine et pianoter frénétiquement sur l’écran tactile, rien n’y fait. Le pique-nique improvisé sur la plage d’Utah Beach, toute proche, risque de tomber à l’eau. C’est sans compter l’intervention de Vanessa Duval, gérante de la station-service adjacente. Après deux clics, le précieux fromage tombe enfin. Rassurés, la vacancière et son mari poursuivent leurs achats dans les distributeurs voisins, avant de repartir les bras chargés d’huîtres et de crevettes.
La station-service est l’un des deux derniers commerces de Blosville, commune de la Manche d’environ 300 habitants. L’autre, la boulangerie, a bien failli disparaître, faute de repreneurs, en 2020. Si elle a finalement rouvert en 2024, c’est grâce à une opération de « revitalisation du bourg » soutenue par la commune et la région. Quand le père de Vanessa Duval, ancien maire du village aujourd’hui âgé de 72 ans, était enfant, il y avait encore trois épiceries, une boucherie, un bureau de poste et un tabac.
En France, plus de la moitié des 34 875 communes ne disposaient plus d’aucun commerce en 2021, contre un quart en 1980, selon l’Insee. Dans ces zones désertées, les distributeurs alimentaires automatiques ont pris le relais. A Blosville, ces automates se trouvent entre les pompes à essence et les bornes de recharge électrique, dans un cabanon en bois. La grande pancarte qui le surplombe promet une ouverture 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7, et des produits bio en vente directe.
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