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D’un rapt en France à un « wallet » de cryptomonnaies au Venezuela : voyage dans le circuit de blanchiment d’une rançon

D’un rapt en France à un « wallet » de cryptomonnaies au Venezuela : voyage dans le circuit de blanchiment d’une rançon

Quel est le rapport entre l’enlèvement du père d’un entrepreneur en cryptomonnaies, une rançon versée sur le portefeuille numérique d’une ressortissante vénézuélienne et le plus grand parc animalier du monde, en Inde ? C’est une zone d’ombre d’un dossier emblématique de « cryptorapts », peut-être la matrice de la vague de séquestrations qui a semé la panique parmi les entrepreneurs du secteur des cryptomonnaies en 2025.

L’ordonnance de mise en accusation de sept individus renvoyés devant la justice pour des faits d’association de malfaiteurs, d’extorsion, d’enlèvement, de séquestration ou de blanchiment en bande organisée, un document que Le Monde a pu consulter, révèle un arrière-plan inattendu, qui illustre la complexité des circuits financiers empruntés par les malfaiteurs pour blanchir le produit de leurs crimes.

Le 24 août 2023, dans une petite commune de la Sarthe, B. D., 60 ans, est enlevé par plusieurs individus. L’homme est le père d’un trentenaire, un « influenceur » basé à Malte qui a fait fortune dans les jeux en ligne sous le pseudonyme de TeufeurS. Par téléphone, les ravisseurs exigent le versement d’une importante rançon et multiplient les messages d’intimidation. L’un de ces SMS menace : « Dans 5 min, un doigt qui saute (…) Tic tac… ». TeufeurS, alors en voyage en Grèce, parvient à s’exécuter non sans difficultés : plusieurs versements pour un montant total de 1,7 million d’euros sont finalement transférés sur des « wallets », des portefeuilles numériques de cryptoactifs dont les adresses lui ont été communiquées par les malfaiteurs. Dans la nuit du 24 au 25 août, son père est retrouvé sain et sauf sur une route de campagne. Il n’a, apparemment, subi aucun sévice.

Pour la gendarmerie, chargée de l’affaire, le dossier n’est pas clos. Les enquêteurs spécialisés s’attachent en particulier à retracer le parcours d’une partie de la rançon. Pour plusieurs versements, effectués vers des comptes hébergés par des plateformes peu coopératives et détenus par des ressortissants étrangers, c’est peine perdue. Mais les gendarmes parviennent à isoler une somme de 131 002 dollars, fractionnée en trois versements vers un nouveau wallet.

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