Chroniques de guerre

Xenia Fedorova visée par un arrêté d’expulsion : une salutaire clarification

Xenia Fedorova visée par un arrêté d’expulsion : une salutaire clarification

La liberté d’expression ne peut pas être avancée pour tout justifier, ni pour détourner l’attention des faits. C’est ce qu’inspirent les réactions outrées suscitées en France, dans les milieux acquis au Kremlin par conviction ou intérêt, par l’arrêté d’expulsion révélé par Libération visant l’ancienne responsable de la chaîne prorusse RT France Xenia Fedorova, omniprésente dans les médias du groupe du milliardaire conservateur Vincent Bolloré.

Cet arrêté d’expulsion s’impose, selon les autorités françaises, en raison de la posture de Mme Fedorova, qui « contribue à la diffusion d’un discours de désinformation et de déstabilisation », « visant à manipuler l’opinion publique », « à saper la confiance des citoyens européens, et en particulier des citoyens français, en leurs institutions ». Elles en concluent que « son comportement porte atteinte aux intérêts fondamentaux de l’Etat ».

Si un reproche peut être adressé aux autorités françaises, c’est d’avoir tardé à tirer les conséquences de la fonction de propagandiste à la solde de la Russie qu’elles attribuent depuis longtemps à Mme Fedorova. Elles mettent en cause un discours univoque, présentant Kiev et ses alliés européens comme seuls responsables du bain de sang déclenché par la Russie en 2022, et de sa perpétuation.

A l’inverse, le maître du Kremlin, Vladimir Poutine, grand ordonnateur des bombardements indiscriminés dont sont victimes quotidiennement les civils ukrainiens, est invariablement décrit comme un homme de paix. C’est pour ses biais prorusses que la chaîne RT France avait déjà été interdite de diffusion quelques jours après l’invasion de l’Ukraine, après une décision du Conseil de l’Union européenne.

Le Monde a décrit avec précision la « carte blanche », titre de sa chronique dans le magazine JDNews, dont cette ressortissante russe, prompte à se décrire comme une martyre de la liberté de la presse, a bénéficié jusqu’à présent sans crainte d’être contredite. Elle s’exprime en effet dans des médias où le pluralisme est porté disparu, singulièrement sur le dossier de l’Ukraine. Ce constat relativise considérablement l’« atteinte particulièrement grave » au « pluralisme des opinions » dénoncé mercredi 29 juillet par les employeurs de Mme Fedorova, les groupes Canal+ et Lagardère, sans même qu’il soit nécessaire d’évoquer l’état de la « liberté d’expression » lorsqu’il s’agit de la Russie.

Cette indignation sélective passe également sous silence une réalité à laquelle tout citoyen attaché aux intérêts du pays devrait être sensible : la guerre hybride conduite par Moscou sur le territoire français. Entre sabotages, manipulations et survols par des drones de sites sensibles, une vaste campagne de cyberespionnage a ainsi été attribuée, le 13 juillet, au renseignement intérieur russe par les services français, provoquant la convocation du chargé d’affaires de l’ambassade de Russie, à Paris, le 17 juillet, par le ministre des affaires étrangères.

L’arrêté d’expulsion, contre lequel Mme Fedorova, selon son avocat, va déposer un recours, comme l’Etat de droit en offre la possibilité, ne vise d’ailleurs qu’à mettre fin à l’activité d’agent d’influence de l’ancienne directrice de la chaîne prorusse sur le sol français, pas à tenter de la réduire au silence. Une fois l’arrêt exécuté, ses employeurs auront tout le loisir de continuer à lui donner la parole sans contradicteurs, à distance, s’ils le jugent nécessaire. La transparence y gagnera puisque l’on saura encore plus clairement, alors, d’où parle Mme Fedorova.

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