Loin de tout discours militant, le plasticien et vidéaste Pierre Huyghe, exposé à la Fondation Beyeler, à Riehen, près de Bâle, en Suisse, jusqu’au 13 septembre, revient sur son désir de produire d’autres imaginaires face au chaos du monde.
Au cœur de l’exposition, vous avez déposé dans un aquarium une sorte de poumon, membrane qui respire, se dérégule, et dont le halètement sourd des murs. D’où ce souffle vient-il ?
C’est ma respiration, avec ses apnées ; ces instants où je passe d’un état inconscient, rêvant, à l’état d’éveil, dans un sentiment de panique. De cette condition, j’essaie de faire un mode d’exposition. Avec ses moments calmes, et ses cassures de rythme. Il n’est pas question de dire : « Regardez-moi. » Mais d’exposer cette sensation qu’on a tous, depuis quelques années, d’avoir du mal à respirer, confrontés que nous sommes au chaos du monde.
Vous êtes pourtant à mille lieues de ces artistes qui commentent l’actualité…
Je suis extrêmement sensible à ce chaos, j’y pense toute la journée, comme nous tous, je ne vis pas dans une bulle. Mais je ne suis pas dans une relation activiste au monde. Même si je viens de cette grande radicalité, j’ai décidé de ne pas être prisonnier de ce avec quoi je suis en désaccord, pour produire d’autres imaginaires.
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