Master 2 en ingénierie, CDI d’ingénieure-projet dans le nucléaire, plus de dix années de vie en France. Sara (les personnes citées ont demandé que leur prénom soit modifié, craignant que leur témoignage desserve leur dossier), 31 ans, a quitté le Maroc après y avoir décroché son bac. Elle présente a priori « un potentiel élevé pour notre pays », selon les termes de la circulaire signée en mai 2025 par Bruno Retailleau, alors ministre de l’intérieur. Ce texte a beau durcir drastiquement les critères d’acquisition de la nationalité française, il prévoit en effet de prendre en considération les profils brillants. La jeune femme fait pourtant partie des nombreux candidats à la naturalisation dont les dossiers se trouvent aujourd’hui coincés dans les circuits des préfectures et du ministère.
Sara, qui occupe aujourd’hui un poste sensible lié au vieillissement des matériaux des centrales nucléaires pour une entreprise prestataire d’EDF, décide il y a trois ans de demander la nationalité française et engage une procédure de naturalisation. « J’ai construit ma vie ici, je me sens française, je suis pacsée avec un Français, et j’aimerais avoir les mêmes droits, notamment celui de voter », explique-t-elle. Son dossier suit d’abord lentement son chemin. A la mi-2025, elle reçoit le « récépissé de complétude » de la préfecture certifiant que l’intégralité des pièces nécessaires a bien été produite. Une fois cette étape franchie, la décision doit, selon le code civil, être rendue dans un délai de dix-huit mois – réduit à douze mois pour ceux qui résident en France depuis plus de dix ans.
Il vous reste 82.73% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.