La nuit est déjà tombée sur Kiev lorsque Tetyana Liubchenko et son fils, Ivan, quittent leur appartement de Loukianivka. L’atmosphère est douce, mais la capitale commence déjà à se vider. Il est 22 heures, ce jeudi 13 août, le couvre-feu de minuit approche, et comme partout ailleurs à Kiev depuis le début de l’invasion russe, restaurants, bars et autres lieux de sortie s’apprêtent à fermer. Motos et voitures filent sur les avenues de ce quartier du nord-ouest de la capitale, l’un des plus régulièrement frappés par les bombardements russes.
Ivan, 13 ans, et sa mère, 41 ans, tous deux en jogging, font partie de ceux qui s’apprêtent à passer la nuit sous terre en compagnie de leur vieux chat. Depuis la fin du mois de mai, que la menace d’une vague de bombardements russes soit élevée ou non, mère et fils descendent systématiquement dormir dans les stations du métro pour tenter de trouver le repos. Ce soir-là, ils saluent d’autres voisins qui se préparent, eux aussi, à rejoindre les profondeurs.
Ils se dirigent vers la station de Loukianivka, à cinq minutes de là, coincée entre deux bâtiments éventrés par un bombardement russe, à quelques pas d’un McDonald’s miraculeusement épargné. Ce soir-là, pourtant, la petite famille ne s’y arrête pas. Plutôt que de s’installer au pied des longs escalators qui plongent dans les entrailles de la ville, elle poursuit son chemin, une station plus loin, jusqu’à l’une des plus centrales : « Zoloti Vorota », la Porte dorée. Quartier des hipsters, des ambassades et des privilégiés de la capitale. Quartier surtout parmi les plus épargnés, dans lequel Ivan et sa mère seront certains de trouver facilement une place pour dormir.
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