Il existe peu d’actrices qui ont le niveau de dinguerie dramaturgique et scénique de Jeanne Balibar. Stupéfiante de fantaisie, la comédienne confirme l’immensité de son talent dans une échappée sicilienne qu’elle accomplit grâce à Juliette Blamont, autrice d’En Sicile. Une histoire de chèvre (Nous, 96 pages, 16 euros). Son récit, qui sent l’humus, la brûlure du soleil, l’odeur des fleurs et des bruyères, se déroule en une après-midi d’avril. La narratrice a quitté sa vie parisienne pour une maison plantée sur les flancs italiens. Pas loin de chez elle vit la vieille signora Rosa. Et tout près d’elle, mais à distance respectueuse, sautille Miss Coco, une chèvre qui a surgi du paysage pour ne plus quitter les parages. Autant dire que ce texte, Polaroid animé et en couleurs d’un espace et d’un temps donnés, se dépose aux confins des civilisations ultramodernes et technologiques, même si la narratrice dispose d’un téléphone portable qui vient parfois interrompre son soliloque.
Seule sur le plateau, qui n’est aménagé que d’un escabeau et de deux grosses valises, Jeanne Balibar s’extirpe d’une couverture déposée sur le sol, couverture appelée à se redresser pour former un tableau naturaliste aux contours fluctuants. Il est peint par l’artiste franco-italienne Julie Polidoro.
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