Le dirigeant d’un groupuscule d’ultradroite et deux responsables du site d’extrême droite Breizh-Info ont été condamnés à des amendes pour injure raciste contre un journaliste de Ouest-France, a appris l’Agence France-Presse (AFP), mardi 27 octobre, auprès de la cour d’appel de Rennes.
Condamnés en première instance, les trois prévenus avaient été relaxés en septembre 2024 par la cour d’appel de Rennes, qui avait fait valoir leur liberté d’expression. La Cour de cassation avait ensuite annulé cette décision, estimant qu’elle n’avait pas été justifiée.
L’histoire remonte à 2021. Jean-Eudes Gannat, leader du groupuscule identitaire L’Alvarium, implanté à Angers – désormais dissous –, est interviewé sur le site d’extrême droite Breizh-Info par Yann Vallerie, rédacteur et fondateur du site. Il critique la couverture par Ouest-France des activités de son groupuscule, et cite nommément un journaliste d’origine guadeloupéenne du quotidien.
« Sans doute se rêve-t-il en Sartre, qui “prenait sa plume pour une épée” ; sauf qu’à force de relayer grossièrement la propagande de l’extrême gauche, notre plumitif guadeloupéen jette des sagaies vers son propre camp ; personne n’est dupe », peut-on lire dans cette interview.
La société Ouest-France et le journaliste Josué Jean-Bart avaient alors porté plainte contre les deux hommes et contre Philippe Le Grand, en sa qualité de directeur de publication de Breizh-Info.
« Les magistrats ont pris la mesure de cette phrase »
Dans sa décision rendue lundi, la cour d’appel reconnaît les trois prévenus coupables d’« injure publique raciale » et condamne M. Gannat, également auteur de propos diffamants selon elle, à 2 500 euros d’amende. Les responsables de Breizh-Info écopent de 1 500 euros d’amende chacun.
« Tant le terme plumitif (…) que le terme de sagaie, qui fait allusion aux armes utilisées par des peuples africains primitifs, sont outrageants et méprisants dès lors qu’ils sont associés à l’adjectif guadeloupéen et renvoient à des représentations marquées par des stéréotypes raciaux d’infériorité », souligne la cour dans son arrêt, transmis à l’AFP. En 2024, elle avait considéré que ces propos avaient été prononcés « sur un mode satirique, dans un contexte polémique » et ne dépassaient pas « les limites admissibles de la liberté d’expression ».
« Je ne pouvais pas comprendre que cette phrase puisse être analysée comme une moquerie », a déclaré mardi Josué Jean-Bart à l’AFP, se disant « très satisfait que les magistrats aient pris la mesure de cette phrase ». Il y a « un vrai enjeu démocratique dans le fait de reconnaître que des tentatives de disqualifier le travail de journalistes ne peuvent prospérer », a-t-il estimé.
L’arrêt de la cour d’appel n’est pas définitif, les personnes condamnées ayant la possibilité de se pourvoir en cassation.