Culture

Autodestructions artistiques

Autodestructions artistiques

Périr. Ou se désagréger, au mieux. Tel était le destin que Gustav Metzger (1926-2017) réservait à la plupart de ses œuvres. Détruire ? L’artiste londonien a mis ce geste au cœur de sa pratique. En 1959, il rompt avec la peinture et lance son « Manifeste de l’art autodestructif », « comme une arme politique subversive de dernière minute », dans lequel il plaide pour des œuvres incorporant des éléments qui finissent par les faire disparaître.

Dans cette réflexion radicale sur la dégénérescence des matériaux, l’artiste souligne la fascination de la société occidentale pour l’anéantissement. « L’art autodestructif rejoue l’obsession pour la destruction (…). Il démontre la puissance de l’homme à accélérer le processus de désintégration de la nature », précise-t-il quand il développe ce brûlot, deux ans plus tard. Comment garder foi dans le progrès dans une civilisation mortifère menacée par la guerre froide et la prolifération nucléaire ?

Son art est l’enfant des tragédies du XXe siècle. Né à Nuremberg dans une famille juive d’origine polonaise, Gustav Metzger est sauvé des camps de la mort, où périra toute sa famille, par le Refugee Children’s Movement, qui l’envoie en exil en Angleterre en 1939. Mais les spectres d’Hiroshima et de Nagasaki le hantent autant que ceux d’Auschwitz et de Dachau. Pionnier du combat écologiste, cofondateur du Committee of 100 qui prône la désobéissance civile antinucléaire au Royaume-Uni, cet anarchiste dans l’âme est de tous les combats pour faire en sorte que l’histoire ne se répète pas. Un nihilisme actif, d’où naît cet art autodestructif qu’il décrit comme « une attaque dirigée contre les valeurs du capitalisme et la route vers l’annihilation nucléaire ».

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