Qu’un artiste mécontent de son travail le détruise plutôt que de livrer au monde une œuvre imparfaite est assez courant. Qu’il le fasse pour des motifs religieux, c’est plus rare. C’est pourtant ce que l’histoire de l’art a longtemps retenu de l’action de Niklaus Manuel Deutsch (1484-1530), peintre à Berne (Suisse), dont la production fit les frais des débats de son époque autour de la Réforme protestante. A dire vrai, il n’était pas que cela : il fut aussi mercenaire, poète, écrivit des pièces satiriques, il exerça des fonctions municipales…
Sa première activité le fait participer aux guerres d’Italie. Il en revient avec quelques blessures, un symbole – la dague suisse (Schweizerdegen) – qui lui sert de signature – et une haine profonde envers le pape Léon X qui considérait ses mercenaires suisses comme de la chair à canon. Deutsch stigmatise le pontife en 1522 dans son premier poème. Enfin, son mariage avec la fille d’un bailli lui permet d’accéder au Grand Conseil de Berne dès 1510. Il conçoit des vitraux, peint des retables pour les églises et les abbayes de Berne et réalise même une fresque : une danse macabre de près de 80 mètres de long sur le mur d’enceinte du cimetière du couvent des Dominicains de la ville.
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